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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 16:39

 

 

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Alors que Lawrence d’Arabie, le chef-d’œuvre de David Lean, fête cette année son 50e anniversaire au Festival de Cannes, nous avons choisi de publier ce texte parce que nous croyons qu’il ouvre une brèche, fût-elle minuscule, dans le monolithe de marbre où est gravée, éternelle et lisse, la première icône médiatique du monde contemporain, forant à travers la figure héroïque une voie d’accès jusqu’à l’homme nu.

D’une densité extrême, ce texte donne la parole au Thomas Edward de la dernière nuit, à celui qui, seul, démuni, ayant renoncé jusqu’à son propre nom, en lutte avec ce corps qu’il hait tant, fait face à ses peurs, ses hontes, ses culpabilités et ses contradictions, accablant le mythe qui l’écrase et l’efface aux yeux de tous, nous révélant toute sa fragilité et ainsi peut-être, mieux que jamais, toute la grandeur d’un homme lorsqu’il n’est rien de plus et rien de moins, qu’un homme.

 

Extrait :


 Il nettoie l’air, comme s’il cherchait à effacer les mots…


- Même mon cher Winston n’échappe pas à cette règle, en vérité… Mais j’ose
croire qu’un jour, mes conseils lui serviront. Prétention.


- Pourtant les conséquences des traités de Versailles et de Sèvres ont déjà
commencé à se faire sentir ici ou là… Contre nous même, au Caire en Perse et à
Bagdad dès 1919, les kémalistes en Turquie, contre les Arméniens, les Kurdes,
les Français, les Grecs et les Italiens… Les troubles et les massacres récurrents
en Palestine depuis 16 ans maintenant… Et la montée de l’ultranationalisme aux
quatre coins de l’Europe… Si loin de l’idée que je me faisais de la nation, si
proche de celle que défendait Ernest Renan… Plus qu’une langue, qu’une
religion ou qu’un territoire : cette envie irréductible, ce vouloir vivre ensemble
parce qu’on a su, le moment venu, savoir souffrir ensemble pour une idée
commune et belle qui nous dépasse…


- Mais peut-être ne sont-ce là que les élucubrations d’un fou…


Il chasse cette pensée comme il le ferait d’une mouche…


- Pourtant je reste convaincu qu’on n’humilie pas impunément des peuples
entiers sans avoir un jour ou l’autre à en payer le prix. Le dénier, c’est faire
preuve d’une prétention et d’une morgue aveugle qui ne saurait préserver
quiconque de se heurter de plein fouet à l’obstacle qu’il a lui même dressé sur sa
route…


- Évidemment, sur le coup, les victoires sont toujours belles… C’est après que
ça se gâte, lorsqu’il faut boire jusqu’à la lie la coupe de sang chaud que l’on
vient de tirer…


Il veut laver sa bouche…


- Je n’ai rien oublié de celles-ci, ni Aqaba, ni Damas, ni aucune autre, mais il
m’arrive plus souvent encore de me rappeler le rythme de ce poème qui avait
surgi de l’enfance alors que j’attendais passivement d’être piétiné par la charge
des chameaux emballés par la fureur de leurs cavaliers :


- « Car, seigneur, j’étais libre de choisir entre toutes les fleurs, mais j’ai pris les
tristes roses du monde et c’est pourquoi mes pieds sont déchirés et mes yeux
aveuglés de sueur… »


- Sans doute aurais-je du en sourire et attendre, confortablement installé dans le
fauteuil en cuir de quelque club londonien, que le temps passe et que les
événements me donnent raison… Sans doute, serais-je moins passé pour fou que
d’avoir refusé l’ordre du Bain, mon grade de colonel et la solde qui
l’accompagnait pour m’engager anonymement avec les sans grade dans une vie
qui ne valait pas plus que 2 shillings et 9 pence par jour… Sans doute…

 

Mon avis :

 

Lawrence d'Arabie à contre-corps est un texte magnifique et très fort, qui m'a beaucoup touché.  

La dernière nuit  de Thomas Edward, la lutte d'un corps et d'une âme, c'est douloureux, inextricable.   Les mots sont choisis,  un très beau travail d'écriture, un texte bouleversant...

Je n'ose en dire plus pour laisser le lecteur qui découvre ce texte s'en imprégner à sa juste valeur.

A lire absolument...


Un grand merci à Franck-Olivier Laferrère pour m'avoir permis de lire ce très beau texte...

 

  « Dans la vitesse, nous nous ruons
Au-delà de notre corps
Nos corps ne peuvent escalader les cieux
Que dans les vapeurs d’essence
Os, sang, chair, tout en nous est broyé... »


Thomas Edward Lawrence



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Published by les-amours-de-livres-de-falbalapat - dans Bibliothèque
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